Mamy Ravatomanga devant la BRC : 30 ans de relations bancaires déclarées à Maurice au cœur de sa défense
Mamy Ravatomanga a personnellement pris la parole, ce mercredi, devant la Bail and Remand Court dans le cadre de sa demande de remise en liberté sous caution.
Au-delà de ses réponses à plusieurs éléments avancés dans l’enquête de la Financial Crimes Commission, l’homme d’affaires malgache a surtout insisté sur un point central de sa défense : ses relations économiques et bancaires avec Maurice remontent à près de 30 ans et, selon lui, elles n’ont jamais été dissimulées.
Il a également mis en avant son statut de Politically Exposed Person, ou PEP, qu’il affirme avoir déclaré auprès des institutions financières avec lesquelles il a travaillé.
« Je n’ai rien à cacher »
Devant la Cour, Maminiaina « Mamy » Ravatomanga a contesté plusieurs éléments évoqués dans l’enquête.
Il a nié avoir reçu 5 millions de dollars américains en espèces à Dubaï et a également contesté l’existence d’un versement de 500 000 dollars sur son compte personnel.
Il a, par ailleurs, rejeté l’existence d’un transfert de SONAPAR vers Freedom, invitant les enquêteurs à produire les éléments établissant de telles transactions.
Mais au-delà de ces dénégations, Mamy Ravatomanga a voulu présenter à la Cour une image plus large de ses activités financières à Maurice.
Il a soutenu qu’il entretient des relations bancaires dans la juridiction financière mauricienne depuis 1995, soit depuis plus de trois décennies, à travers ses activités personnelles et celles de plusieurs de ses entreprises internationales.
Selon sa version, ces comptes ont été maintenus auprès d’institutions bancaires mauriciennes pendant de nombreuses années et ont été soumis aux procédures habituelles de conformité.
C’est dans ce contexte qu’il a déclaré devant la Cour qu’il n’avait « rien à cacher ».
Le statut de PEP déclaré aux banques
Mamy Ravatomanga a également insisté sur le fait qu’il avait déclaré son statut de Politically Exposed Person auprès des institutions financières concernées.
Cet élément occupe une place importante dans l’argumentation de la défense.
Le statut de PEP implique en effet des contrôles renforcés de la part des institutions financières, notamment en matière de connaissance du client, d’origine des fonds et de surveillance des transactions.
La défense cherche ainsi à faire valoir que les relations bancaires de Mamy Ravatomanga avec Maurice se sont développées pendant plusieurs décennies dans un environnement financier réglementé et soumis à des obligations de conformité renforcées.
Son argument est que ses activités financières et son profil n’étaient donc ni inconnus ni dissimulés aux banques avec lesquelles il travaillait.
La commission rogatoire de 2018
Mamy Ravatomanga a également rappelé qu’en 2018, lui-même, son épouse ainsi que certaines sociétés dans lesquelles il détenait des intérêts avaient déjà été concernés par une commission rogatoire exécutée à Maurice.
Malgré cette procédure, il affirme que ses relations bancaires avec Maurice se sont poursuivies par la suite.
Pour la défense, cet élément tend à démontrer que son profil, ses activités et ses comptes avaient déjà fait l’objet de l’attention des autorités et des institutions financières plusieurs années avant l’enquête actuelle.
Carlos Ghosn et téléphone clandestin : les allégations rejetées
L’homme d’affaires a également été interrogé sur d’autres éléments apparus au cours de l’enquête.
Concernant Carlos Ghosn, il a déclaré n’avoir « rien à voir avec la fuite de Carlos Ghosn », soutenant que cette question ne lui avait jamais été reprochée auparavant.
Il a également nié avoir utilisé un téléphone clandestin pendant sa détention.
Selon lui, il a fait l’objet de plusieurs fouilles à la prison de Melrose, qui est par ailleurs équipée de caméras de surveillance.
La capacité médicale de Melrose examinée
L’audience s’est ensuite déplacée sur un autre terrain majeur : l’état de santé de Mamy Ravatomanga et la capacité de la prison de Melrose à faire face à une éventuelle urgence médicale.
Interrogé par Me Trishul Naga, Jean Alex Casimir, représentant de l’administration pénitentiaire, a indiqué que l’établissement dispose notamment d’une ambulance, d’un service d’urgence fonctionnant 24 heures sur 24, d’un appareil ECG et de la possibilité d’obtenir des médicaments de l’extérieur.
Lors du contre-interrogatoire, Me Khushal Lobine a toutefois cherché à déterminer si ces moyens étaient réellement suffisants et efficaces lorsqu’une urgence survient.
Il a notamment évoqué le cas Andy Selmour ainsi qu’un rapport public issu d’une commission d’enquête faisant état de déficiences dans la réponse médicale et de l’absence de protocole d’urgence.
La FCC a soulevé une objection sur cette ligne de questionnement.
« Quatre ou cinq crises » en détention
Mamy Ravatomanga affirme souffrir de plusieurs problèmes de santé importants, notamment d’une artère totalement obstruée, de diabète et d’hypertension.
Il soutient avoir connu plusieurs crises depuis son incarcération, avec notamment d’importantes douleurs thoraciques.
Selon lui, les moyens médicaux disponibles en détention ne seraient pas adaptés à son état.
Passeports remis et engagement de rester à Maurice
Sur la question du risque de fuite, Mamy Ravatomanga a assuré que l’ensemble de ses passeports avait été remis aux autorités mauriciennes.
Il affirme qu’en cas de remise en liberté sous caution, il restera à Maurice, se présentera devant la justice chaque fois qu’il sera convoqué et restera disponible pour les besoins de l’enquête.
Cet engagement vient compléter l’argument développé par la défense autour de ses attaches anciennes avec Maurice, notamment économiques et bancaires.
Les débats doivent se poursuivre aujourd’hui devant la Bail and Remand Court avec les plaidoiries des différentes parties.